Indigènes

Je suis enfin allée cette semaine voir le film "Indigènes". Ca m'a redonné envie de me plonger dans la pile de cartes postales envoyées par mon grand-père à ses parents lors de ses deux ans de service militaire, à la fin des années vingt, à Taza au Maroc.

Goums marocains

Un service de renseignements dans le Riff

Remise de décoration à un capitaine de Spahis lors de la guerre du Riff

Prière de fin du Ramaddan (une telle image devait sembler particulièrement exotique pour des français des années 20!

Au-delà du témoignage historique et ethnographique que constitue cette cinquantaine de cartes postales, j'aime lire ce courrier de mon grand-père, ces lettres menues à l'encre bleue, sepia, ou le plus souvent turquoise, qui courent sur les cartes et racontent la découverte du Maroc, l'ennui, la flemme, l'arrivée des colis si attendus de la famille, les regrets de l'île et de "Panam" (ma famille, pour des raisons assez originales, vivait entre Paris et notre île, selon les saisons), les mésaventures (les "pièces de dix sous" cachées par sa mère dans des chaussettes dans un colis et qu'il n'avait pas trouvées, la caisse du régiment qu'il avait perdue...) ...

L'une de ces cartes m'émeut toujours plus que les autres :

"Chère petite mère,
Puisque dans ta lettre tu me causes de fiancée, dis-moi si cette jeune fille te plairait. De toutes celles que je connais, ce n'est peut-être pas la plus belle, mais elle a bon caractère et est très douce. Elle ne me déplaît pas du tout, et en plus je suis certain qu'elle en pince pour ton fils, et pour toi je crois que tu t'entendrais très bien avec elle. Il ne faut pas croire que j'ai l'intention de me marier. Du reste pour cela il faudrait que je tienne une bonne place, et je suis encore jeune, quoique à présent c'est la mode. C'est une simple question pour savoir ce que dira ma mère. Elle va sans doute vouloir la flanquer par la fenêtre. Renvoyez-moi la photo ou bien j'en demanderai une autre. Elle vient d'avoir vingt ans. Sur la photo elle en a dix neuf et demi."
Et un an après son retour du Maroc, en fait, il épousait la jeune fille si douce... qui allait devenir ma grand-mère... :-D
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Sinon, pour en revenir au film, je dois dire que je suis très choquée qu'il ait fallu en passer par là pour revenir sur une loi inique. Que le sort des anciens soldats indigènes dépende de l'émotion cinématographique du Président de la République quand tous les dossiers suivant la voie officielle avaient obtenu une fin de non recevoir me semble ressortir du fait du Prince d'une République bananière plus que d'une démocratie digne de ce nom... :-/
