Oublieuse mémoire...

Publié le par shiva

 

 

            Il m'a fallu du temps pour pouvoir reprendre ce livre... Acheté il y a deux ans, quand je savais que bientôt, je serais concernée, je l'avais abandonné au bout de quelques chapitres : ce n'était pas encore le moment ; je faisais encore partie des humains pourvus de leurs deux parents, pour le pire et le meilleur...

        Sa présence dans un coin de la chambre est restée discrète mais persistante depuis, et, après être à mon tour entrée dans l'immense fratrie des orphelins, il m'a fallu attendre plusieurs mois, que le chagrin s'apaise, pour pouvoir le reprendre et, cette fois, aller jusqu'au bout...

 

       Ce petit livre va maintenant quitter ma chambre, et trouver sa place dans la bibliothèque, car je le relirai certainement... Sans doute le jour où je viderai complètement "la maison de mes parents", et pas seulement l'armoire de ma mère et certains de ses placards...

 

       Des différences flagrantes entre mon histoire et celle de Lydia Flem, fille de déportés (père russe et mère résistante), fille de la bourgeoisie... Mais des points de rencontre forts, dans cette expérience commune de l'"orphanage" (?), et de l'héritage, du tri à faire dans les armoires et en même temps dans la mémoire...

 

       J'ai aimé la sincérité des émotions, les nuances, l'ambivalence des sentiments, le mélange d'amour et de ressentiment...

 

       Reconnu aussi ces mouvements contradictoires entre le désir de se libérer du passé et l'angoisse culpabilisante de détruire ces traces de vies éteintes, entre élan joyeux et paralysie... : "Devais-je, par fidélité, conserver ces infimes fragments de vie? Leur étais-je enchaînée?"...

 

       Aimé ces chapitres nostalgiques, où, à mesure que la maison se désencombre, les fantômes des objets évacués s'entassent verbalement, en un doux inventaire d'un Prévert brocanteur, féminin et orphelin... Sans parler de l'évocation du fabuleux trousseau accumulé au fil des générations : "Mes matriarches du temps passé, vous qui viviez il y a quatre, cinq, six ou sept générations, Agnès, Sophie, Julia, Regina, Caroline, Amalia, Bertha, je vous salue à travers vos nappes et vos draps blancs"...

      

       Emotion de l'évocation toute simple du "petit tiroir" près du lit "du côté de ma mère"...

 

       Trouble à l'évocation d'un souvenir tragique qui pour moi résonne inversé : en triant des papiers de sa mère, elle découvre un jour "un document unique : glissé dans une chemise de plastique, précieusement conservé, le petit morceau de papier sur lequel elle avait griffonné quelques mots au crayon à l'adresse de ses proches pour les rassurer sur son sort. Ce petit bout de vie précaire, elle l'avait écrit dans le convoi N° 78 qui partit de Lyon le 11 août 1944 avec environr 650 personnes[...] Ces quelques mots confiés à la bienveillance d'une Inconnue, arrachés au convoi de la mort en gare de Chaumont, reposaient là devant moi, sauvés du chaos et de l'oubli, retrouvés par une survivante, une revenante."

       Or deux ans environ avant sa mort, ma mère m'a raconté que sa mère avait récupéré quelquefois au passage de trains ce genre de petits papiers griffonnés par des déportés, et les avait soigneusement transmis. Même que l'un d'eux, rentré des camps après la guerre, avait voulu, par reconnaissance, aider mon grand-père pour du travail, mais celui-ci, trop fier, avait refusé... 

       Cette sorte de téléscopage entre nos mémoires m'a émue terriblement, et aussi fait ressentir comme souvent depuis bientôt un an, l'irréductible absence : je ne me souviens plus de la gare : était-ce Songy? mais je pense qu'il n'y avait pas de gare à Songy, juste un passage à niveau...Alors, quelque petite ville proche, sans doute, mais laquelle? Ou était-ce à Châlons?...

       Et je réalise que je ne peux plus demander, questionner ma mère, lui faire revivre pour moi ce passé... Combien de fois depuis des mois ai-je ainsi senti qu'une part de mon passé était perdue à jamais, parce que la voix qui pouvait le ranimer n'est plus là!!!... 

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Publié dans Simplicité volontaire

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M
Un déménagement et tout revient , le peu que l\\\'on a peu sauvegarder de toute une vie ! l\\\'enfance qui revient et comment garder un peu vivant un peu de ce que pouvait être mon père ou ma mère même si ma mère est encore là !<br /> échanger c\\\'est fini !! mais lorsqu\\\'on a eu la joie d\\\'échanger vraiment c\\\'est aussi une richesse, un bonheur qui n\\\'est pas donné à tout le monde. avec certain parent ce n\\\'est pas possible ! il ne faut pas l\\\'oublier !<br /> bisous
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M
Un déménagement et tout revient , le peu que l'on a peu sauvegarder de toute une vie ! l'enfance qui revient et comment garder un peu vivant un peu de ce que pouvait être mon père ou ma mère même si ma mère est encore là !<br /> échanger c'est fini !! mais lorsqu'on a eu la joie d'échanger vraiment c'est aussi une richesse, un bonheur qui n'est pas donné à tout le monde. avec certain parent ce n'est pas possible ! il ne faut pas l'oublier !<br /> bisous
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A
quelles sont emouvantes ces lignes!
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E
j'ai offert ce livre à mes parents, quand ma grand-mère paternelle est morte, un an après mon grand-père paternel.C'est ma maman qui l'a lu, et l'a prêté à ma tante (la soeur de mon père), avant que le travail de "vidage" d'armoire, placards, étagères, greniers... n'ait lieu...Je l'ai lu aussi, et le relirai sans aucun doute...le plus tard possible. J'ai été touchée par toutes les émotions exprimées...Pour l'instant il sur les étagères de mes parents.Plein de bises pour toi.
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M
"La marche lente des glaciers" de Marie Rouanet parle de la disparition des parents et des rangements qui suivent
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