Pourquoi c'est parfois/souvent difficile...
Bien sûr, ce que je vais raconter n'a aucun sens pour ceux/celles qui ne se sont jamais encombré(e)s de choses inutiles, vieilles, usées, en double, etc... ![]()
En effet, l'humanité - du moins la partie de l'humanité qui dispose plus que du strict nécessaire pour vivre - semble se séparer en deux groupes bien distincts :
- Les jetteurs
et
- les accumulateurs...
Ce sont deux univers parallèles, donc, si l'on se souvient bien de ses leçons de maths, deux univers qui ne se rejoignent jamais...
(Enfin, en théorie... pour faire simple.. car, comme une copine prof de maths me l'a révélé récemment, en fait, si!... quelque part, les parallèles peuvent se rejoindre!!
)
D'où ces couples composés d'un jetteur et d'une accumulatrice (ou vice versa), qui vivent en tension permanente, et cahotent de concession en concession... ou explosent...
Moi qui viens d'accumuler pendant près d'un demi-siècle et qui compte bien passer le prochain dans le camp des jetteurs, je peux vous dire comme c'est difficile a priori de comprendre l'autre...
J'ai depuis toujours accumulé, thésaurisé, empilé les petits bouts de trucs... pour ne pas gaspiller, certes - j'en ai déjà parlé - , mais aussi par sentimentalisme. Parce que ce vieux billet de train, ce petit calendrier griffonné, ce sous-verre, cette vieille lettre, me rappellent que j'ai vécu, que j'ai aimé, que je suis allée à tel endroit avec untel ou pour rejoindre tel autre, que nous avons eu telle conversation, qu'il s'est passé telle chose...
En fait, tous ces petits débris qui me remplissent d'émotion quand je les vois sont un formidable aveu de manque de confiance en l'avenir... Et le pire, c'est que la plupart me remplissent en fait de douleur quand je les vois ( à chaque grosse opération "rangement à fond", donc)... car, comme on le sait, "les histoires d'amour finissent mal, en général... " Et même les autres souvenirs peuvent blesser...
Il me va falloir donc réussir à dépasser ce ressassement, lâcher prise, renvoyer le passé aux poubelles de mon histoire, et affronter le présent...
Car le fond de la question est là : avec le temps, et une bonne dose d'accumulation, le présent s'embourbe dans les squames du passé, dans la fuite en avant du travail, des courses à faire, du quotidien à gérer, des choses qui s'entassent... D'un quotidien entravé par un espace qui n'a plus rien de fonctionnel... Il n'y a plus d'espace pour ce qui est à venir...
Alors, il n'y a que deux solutions :
- renoncer, poursuivre la démarche infernale, continuer d'accumuler jusqu' à l'asphyxie...
ou
- s'ébrouer, faire confiance à l'avenir... et désencombrer l'espace et la mémoire, faire circuler l'air, dégager la maison et la tête, et regarder résolument vers demain...
Beau programme, certes, mais vertigineux, assurément, et qui demande (qui m'a demandé) une longue préparation...

PS : j'imagine aisément que les "jetteurs" ont leurs propres névroses... Mais c'est résolument un univers dont pour l'instant j'ignore tout... ![]()