Le tango au secours des banlieues?
Un article de Remi Hess, professeur en sciences de l'éducation à l'université Paris-VIII et auteur du "Que sais- je ?" sur le Tango, paru dans Le Monde du 30 novembre, évoque son projet, soutenu par la région Ile-de-France, de "diffuser le tango dans les cités et de former des jeunes issus de la banlieue au métier de professeur de tango", en tenant compte du fait que "le monde du tango est un lieu où l'on régule son agressivité, où l'on apprend à reconnaître l'autre, où l'on expérimente le corps-à-corps, autrement que par les pratiques d' "humiliation ordinaire" ou par cocktails Molotov interposés"...
Il faut dire que le tango est né dans les tréfonds du port de Buenos Aires, au début du XX° siècle, dansé entre hommes, pendant que marins et débardeurs attendaient leur tour au bordel...
Né dans ce quartier de la Boca, où les marins se construisaient des maisons avec du bois de récupération et la tôle ondulée qui servait à emballer les matériaux de construction des chemins de fer dont les anglais zébraient la pampa pour exporter la viande (mais c'est là un autre sujet)...


Et les couleurs si pimpantes qui s'entrechoquaient venaient des surplus de peinture des bateaux...


Bref, comme la breakdance ou le hip-hop, le tango a d'abord été une danse des quartiers périphériques, huée, méprisée des "gens bien", avant d'acquérir une touche "chic" en passant par Paris où les bourgeois des années folles aimaient à s'encanailler... et de revenir couvert de gloire et symbole d'une identité nationale dans sa ville natale...
Danse d'immigrants, d'ouvriers, de pauvres, de malfrats, de petits maquereaux, le tango oblige à l'écoute de l'autre, à s'adapter à chaque nouveau partenaire, à improviser en fonction des mouvements de l'autre, à s'accorder... Il impose une pédagogie de la relation...
Alors, le tango au secours des banlieues? Pourquoi pas? :-)