Les gogottes...
J'ai très longtemps habité près d'un pont SNCF, tout au nord de Paris.
Un pont très noir, qui tremblait au passage des trains de marchandises, un pont que j'aimais.
Comment pouvait-on aimer un tel amas de ferraille, lui trouver un quelconque charme ? Sans aucun doute, je devais être la seule dans ce cas.
J'avais dû trop lire Apollinaire : "A la fin tu es las de ce monde ancien / Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin"...
Alors, ce pont si noir, si moche, je lui trouvais de la douceur... et je comptais les trains qui passaient, tels d'étranges et modernes moutons... Ca rendait nostalgique la petite fille de cheminot en moi, ça me rappelait mon enfance, mon grand père, qui m'emmenait, le dimanche, dans la remorque accrochée à son vélo, jusqu'à son jardin ouvrier, où je dégustais des "gogottes"...
Les gogottes, tu dois t'en souvenir aussi, la Renarde, ma cousine retrouvée :-), c'étaient les grosses billes de groseilles à maquereaux... Je n'en ai jamais remangé depuis que j'ai quitté les rivages de l'enfance et le jardin de mon grand pére...
Je pourrais en planter, maintenant que j'ai enfin un jardin digne de ce nom grâce à mon nouveau et jeune jardinier (Now, my name is Gabrielle, Gabrielle de Solis...;-> ), mais je crois que je ne le ferai pas, ça aurait un goût de sacrilège... Il ne faut pas toucher à ses souvenirs si on veut en garder la saveur...
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Est-ce la bruine qui tombe ce soir et qui affirme l'automne? il m'est revenu soudain l'image de ce pont qui avait pour moi la douce aigreur des gogottes... Ca m'a rendue un peu sentimentale... Excusez-moi...